Le freelancing est l’une des plus grandes tendances du moment et nous sommes aux portes d’un grand virage dans le recrutement. Mais si pour des métiers techniques, il suffit de faire appel à des plateformes, qu’en est-il pour les métiers de la com ?
Nous posons quelques questions à Babette Auvray-Pagnozzi, qui est aux manettes de Les Entremetteurs, le premier site de rencontre de la pub et de la com.
Les entremetteurs

Pourquoi avoir crée une plateforme qui réunit uniquement des experts de la pub et de la com : les Entremetteurs ? 

Les métiers de la création et de la communication sont un univers à part. Ils ont besoin d’un œil, d’un nez et d’une véritable expertise. Il faut connaitre les tics et les tocs des créatifs, des agences et des annonceurs, prendre en compte l’humain et les atomes crochus entre les différents talents et les agences. La pub c’est un véritable métier et c’est mon métier, l’univers dans lequel j’évolue (et que j’ai vu évoluer) depuis plus de 25 ans. Quoi de plus logique que de créer et d’orchestrer un site dédié au métier ?

Pourquoi vous être entourée d’un Comité de Parrainage ? 

Car on ne peut pas être expert en tout. Nous restons sur notre cœur de métier : la création, et tout ce qui vient en amont et en aval, comme le planning stratégique ou la production. Le Comité, nous donne son avis sur des métiers dont ils sont spécialistes et qu’ils maitrisent à la perfection. Nous avons aussi des UI, des UX et des métiers du digital utiles à la com, mais loin de nous de devenir un site de développeurs, même si nous avons deux/trois pépites pour répondre à la demande d’agences qui ont besoin de faire un site.

Pourquoi l’avoir conçu comme un site de rencontre par affinités ?

Parce qu’on est en 2018 et que les belles rencontres se font aussi sur les sites, peu importe si elles durent juste une nuit, quelques mois ou pour l’éternité. Et comme sur un site de rencontre, elles se font par rapport aussi aux envies, aux atomes crochus ou aux affinités personnelles et à un certain état d’esprit. Car le feeling compte énormément dans la vie mais aussi dans la pub.

Comment on se découvre les affinités avec les free ?

Nous demandons à nos freelances de se dévoiler, d’être eux-mêmes, de ne pas tricher, en précisant, à l’intérieur du site, après les renseignements pro, ceux plus perso et même encore plus perso que perso. Car si le matching se fait par rapport au budget,  à la marque, aux objectifs, aux expériences, aux compétences professionnelles et aux disponibilités, le choix définitif se fait aussi en rapport avec l’humain. On peut choisir un freelance car il est speed ou cool, timide ou blablateur, parce qu’il adore ou déteste l’esprit Konbini ou partage la même passion pour le PSG ou l’OM, pour le yoga ou la boxe Thaï, pour la Corse ou la Bretagne, pour du naturisme ou les mots croisés. Ce sont des détails qui peuvent dévoiler un certain état d’esprit.

Pourquoi les agences font de plus en plus appel aux free ?

Les Directeurs de la Création ont tous leur réseau, mais il n’est pas inépuisable. Les pitchs et les besoins se multiplient et de nouveaux métiers ont envahi la planète pub. Et tous les experts ne peuvent être salariés au sein de la même boîte et encore moins occupés à plein temps. C’est encore plus vrai pour les petites et moyennes agences de communication ou pour les PME-PMI qui ne peuvent pas se payer des salariés seniors très capés à plein temps. En faisant appel aux freelances, ils peuvent avoir la personne idéale pour un sujet pointu ou une grosse pointure de manière ponctuelle et juste au moment du besoin. Sans compter que quand il y a le feu, un pompier peut toujours être utile.

Vous vous définissez comme des chercheurs de pépites, que vous sélectionnez une par une. Les Entremetteurs c’est de la haute couture ?

Oui, en même temps de l’artisanat car tout est fait à la main et sur-mesure : le choix en amont, la rencontre et le long échange avec chaque free, d’abord au téléphone, puis devant un verre ou un café.

Qui choisit les profils à envoyer, la plateforme, vous, le client ?

La plateforme fait un premier tri par rapport à l’expérience, au métier, au budget, etc. Nous prenons la suite car nous connaissons personnellement nos freelances et nous pouvons déterminer le meilleur choix. Nous proposons donc trois freelances. Le Client a le dernier mot. A ceux qui nous connaissent et qui nous font confiance, nous proposons un seul freelance, celui qui leur faut pour la mission.

Les Entremetteurs misent donc sur les soft skills, le capital humain ?

L’humain reste pour nous la valeur la plus importante et elle est toujours présente. Sans cœur et sans âme, une plateforme est un mécanisme froid et impersonnel. Nous ne vendons pas des produits, mais des talents. Nous connaissons personnellement nos freelances et nous sélectionnons celui qui va s’éclater sur un brief, matcher au mieux avec le DC, quitte à dire non si nous n’en avons pas qui correspondent à la demande.

Vous êtes donc des agents ?

En quelque sorte, mais nous ne faisons pas de marge au passage. Nous avons créé les Entremetteurs selon la nouvelle économie collaborative. Ce sont nos freelances qui ont choisi la formule et les modalités qui leur convenaient le mieux. Nous ne demandons pas d’exclusivité, nous ne gagnons pas de l’argent derrière leur dos, ce sont les free qui décident de leur prix et ils facturent en direct pour la plus grande transparence. Nous restons de simples Entremetteurs.

Etre plus le plus grand ou être le meilleur ?

Le meilleur. Il y a près de 900 000 freelances en France. Etre le plus grand, c’est très facile, il suffit d’ouvrir les portes. Nous recevons beaucoup de demandes, de CV chaque semaine. En trois ans, nous avons vu passer des centaines de books, échangé par téléphone avec des centaines de personnes, rencontré près de choisi 450 et choisi environ 200. Car nous ne prenons que le haut du panier. Et le talent ne court pas les rues. Et c’est tellement plus passionnant de pouvoir proposer une collection de pépites que de devenir une énorme plateforme de pacotille.

Y a-t-il d’autres plateformes qui font comme vous ?

Sélectionner, rencontrer chaque pépite c’est un travail de titan. Il faut être fou ou passionné pour le faire. Pas étonnant qu’aucune plateforme ne nous copie. Passer de RV en RV pour mieux connaître nos Clients, ça demande beaucoup de temps et d’énergie. Suivre les missions discrètement, mais être là en cas de besoin, résoudre les problèmes, relancer, répondre aux postulants, booker les free, les debooker, demander les avis après chaque mission, … bref ce serait bien plus pratique de laisser faire le matching à la machine et ne pas ce soucier du résultat. Mais dans ce cas on serait comme tout le monde.

Vos freelances sont tous parisiens ?

Nous cherchons le meilleur, là où il se trouve. Et si les trois quart de nos free sont à Paris, nous avons un super 3D et une excellente rédactrice à Nice, un motion-designer extra à Lyon, une CR-DA-DC luxe-beauté à NY,  certains de nos UI ou UX aussi que notre meilleure exé est à Bordeaux, l’un de nos CR bilingue est à Milan, ainsi que l’un de nos photographes mode, et l’un de nos DA digitaux à Nouméa, un CR digital en Australie, et aussi à Grasse, dans le Var, un photographe français en Chine, etc.

Les agences travaillent facilement à distance ?

Pas beaucoup, surtout pour la créa. Les agences sont encore frileuses et préfèrent avoir les créatifs sur place. C’est difficile de changer les habitudes, même si la mobilité est passée par là. Pourtant à l’ère de Skype, certains freelances sont contents de ne pas passer leur temps dans les transports et de trouver l’inspiration dans leur jardin, à la mer ou à la campagne.

Vous êtes DC, quel est le plaisir d’être entremetteuse ?

Faire gagner un pitch à une agence grâce aussi au bon freelance, faire marcher son nez pour flairer quel free sera parfait pour une certaine agence, pour un certain budget, penser aux affinités entre les créas et le DC, trouver la perle rare qui va sauver la mise, ou celle qui va bien s’intégrer dans l’agence, conseiller l’annonceur qui a besoin d’être guidé, c’est un défi excitant et quotidien. Recevoir un mot d’un free qui vous remercie de lui avoir trouvé une mission qui lui plait, et pouvoir dire fuck à la crise.

Quel est le revers de la médaille ? 

Le stress et le travail mal fait. Je n’aime pas jouer le pompier de service, avec des demandes sans aucun détail, en super urgence, en général le vendredi soir vers 20 heures pour lundi 9H30 sur place. C’est premier arrivé, premier servi. Pas le temps de penser aux qualités et au matching, c’est juste une course contre la montre.

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