De façon perpétuelle, chaque nouveau média est vu telle une menace pour son prédécesseur. La presse écrite a été défiée par l’arrivée de la radio, puis la télévision a pris la relève et ainsi de suite jusqu’à l’arrivée d’Internet. Et plus particulièrement du web dit 2.0, aussi reconnu pour l’ensemble de ses fonctionnalités communautaires et collaboratives. On se demande alors l’impact qu’a eu ce média sur l’industrie de la musique. Entre dématérialisation et décentralisation des pistes audio, quel est le réel impact de la digitalisation sur l’industrie de la musique ?

Courte histoire d’une écoute musicale plus intimiste

Tout commence avec l’invention de Thomas Alva Edison en 1877. S’inspirant du procédé du télégraphe, Edison met au point une nouvelle version permettant de retranscrire les messages télégraphiques (des vibrations de l’air en somme) sur papier grâce à des encoches qu’il nommera phonographe. Grande avancée pour l’époque il faut l’avouer, mais peu utile en terme d’écoute musicale.

C’est en réalité Emile Berliner qui, avec l’amélioration de ce procédé de reproduction permet un enregistrement sonore rejouable, alors que l’univers de la musique est jusque-là “l’incarnation même de l’éphémère et de l’insaisissable” (Filteau, 2006). La création du gramophone à la fin des années 1880 et du disque “phonographique” (disque fait en zinc) ayant des propriétés d’enregistrement, mais aussi de reproduction mécanique du son permettent de rentrer dans une ère de la “musique mécanique dans laquelle l’interprétation d’une musique deviendra la première fois répétable à l’identique” (Stiegler, 2004).

Jusqu’alors “le seul support de toute musique était le cerveau […], la musique ne pouvait se faire que in-presentia” (Herman Sabbe, 2008), l’auditeur devait obligatoirement être à une distance d’audibilité du musicien. De ce fait, l’invention du gramophone vulgarise l’enregistrement sonore et rend la musique accessible pour tous. Les différents publics pouvaient de ce fait écouter des enregistrements en toute liberté. La machine, le support et le son deviennent donc indissociables.

L’émergence d’une dématérialisation des pistes audios

L’industrie musicale se voit vite bouleversée par les diverses évolutions numériques. C’est dès le début des années 2000 que le secteur de la musique dite enregistrée rencontre un problème économique. La chute des ventes de disques est notamment due à l’apparition du téléchargement illégal, mais aussi due à l’arrivée streaming. Le premier site de téléchargement illégal, NAPSTER est crée en 1999 par Shawn Fanning, un étudiant de 17 ans répondant à une problématique de partage gratuit de la musique.

Deux ans plus tard, Napster compte environ 60 millions d’utilisateurs. cet échange communautaire induit une mobilité et une gratuité de la musique. Il en découle une hausse des ventes des mp3 jusqu’au pic de vente des iPod en 2007. Se crée alors une indépendance entre la musique et ses supports. La musique est désormais dématérialisable.

En même temps, la musique en ligne se popularise et afin de contrer cette perte économique les grands acteurs du secteur s’associent avec des plates-formes d’écoutes. Peu à peu le téléchargement, qui reste toujours présent, recule pour laisser place à une écoute gratuite où la publicité demeure le modèle de financement des entreprises.

Le streaming : la bibliothèque géante et illimitée

Avec des marques comme Deezer, Apple Music ou encore Spotify, qui est leader du marché, le marché du streaming est de plus en plus important. Comment cela fonctionne ? Vous téléchargez l’application auquel vous vous êtes inscrit et vous pouvez ensuite écouter en illimité toutes les chansons que vous souhaitez pour généralement 9,99 euros par mois. (offre étudiant : 5,99€, offre famille : 14,99€).

Tous ces services proposent également des playlists musicales qui regroupent les chansons par thématiques ou par dates de sortie. Certains services proposent même des playlists personnalisées en fonction de ce que vous avez écoutez précédemment. L’idée est de faire découvrir aux utilisateurs de nouvelles chansons en permanence pour qu’ils restent abonnés.

Ces applications disposent aussi d’une version gratuite, mais qui limite énormément l’accès aux musiques. Si les utilisateurs ne souscrivent pas, ils se verront envahis de publicités (comme on les aime) tout au long de leurs parcours sonore et ne pourront pas écouter les titres en Off-Line. Une stratégie agressive de la part des Streamers qui créent du manque aux utilisateurs : si tu ne souscris pas tu ne pourras pas écouter les derniers sons.

Le Business Model selon lequel qu’importe la rentabilité, pourvu que soit fondée une base d’utilisateurs des plus larges, appartient probablement au passé. À travers l’émergence du streaming, c’est l’apport de revenus immédiats que ciblent maintenant l’industrie discographique et les plateformes de musique en ligne. Mais dans ce secteur hyperconcurrentiel où la majorité des sites se présentent comme des marques culturelles proposant dans l’ensemble mêmes services, catalogues et tarifs, comment se différencier?

Globalement le marché se porte bien. Le premier, Spotify, compte un peu plus de 70 millions de personnes qui payent chaque mois pour l’utiliser. Apple Music est deuxième avec 38 millions d’abonnés dans le monde. Deezer, le petit français, est bon dernier et à un peu de mal à se développer, mais malgré tout c’est grâce à tous ses services que le marché de la musique progresse. Dans les mois et les années à venir, ces services misent beaucoup sur les enceintes intelligentes (Google Home, Alexa ou encore HomePod) qui permettent d’écouter de la musique simplement en disant “Ok Google, fais-moi écouter Stéphane Bodzin”.

Un modèle qui soulève des questions pour les artistes

Malgré cette réussite, certains s’inquiètent des conséquences du modèle économique du streaming sur la création musicale. Le modèle de rémunération fait en effet que seuls ceux qui sont très populaires gagnent vraiment de l’argent. Geoff Barrow, leader de Portishead, annonçait en 2014 que pour 34 millions de titres de son groupe écoutés gratuitement en ligne, il n’a touché que l’équivalent de 2173 francs suisses. Ces services pourraient donc conduire à une uniformisation de l’offre musicale.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here