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Mis à part les aspects culturels où la présence du Moyen-Âge est évidente – nom du pays, prédominance de l’oralité, catholicisme, superstitions-, il y en a d’autres, si profonds et intégrés à la vie brésilienne, que son origine n’est pas habituellement rappelée.

C’est le cas de l’opposition typique de la pensée médiévale entre activités intellectuelles – les « arts libéraux » d’hommes libres – et activités manuelles – les « arts mécaniques » d’hommes dépendants.

C’est le cas de l’esprit qui préfère le risque et non la planification, qui place l’espoir de succès sur un coup de chance et non sur un effort continu, qui considère que tromper les concitoyens est signe d’intelligence. Enfin, il est significatif que cette attitude caractérise les principales manifestations culturelles brésiliennes. Les mots-clés sur ce sujet sont peut-être « improvisation » et « illusion ». Ici, les exemples par excellence sont évidemment le football et le carnaval.

Le football : métaphore de la vie

Mais au Brésil, outre cette fonction générale de signification, il manifeste des aspects spécifiques de la mentalité nationale. Au-dessus de tout, la possibilité de participer à une corporation – l’équipe, l’ensemble des supporteurs –, qui essaie de vaincre en trompant les autres – à l’intérieur des règles, le dribble ; en dehors des règles, la simulation de fautes ou même la violence. Le fait d’être un défi d’aventuriers – depuis les impérialistes anglais qui l’ont inventé jusqu’aux brésiliens socialement marginalisés qui l’ont amélioré techniquement – est une autre attraction.

Il est un jeu avec le destin, basé sur l’espoir qu’une situation favorable sera prolongée, qu’une situation difficile ne perdurera pas, et, aussi, que le plus fort ne gagnera pas toujours, que, au contraire de la vie, c’est possible un certain équilibre. En effet, alors que dans les championnats nationaux des pays européens on sait d’avance que très peu d’équipes ont de vraies chances d’arriver au titre, au Brésil tout est possible.

Dans l’histoire du championnat brésilien, presque 73% du nombre de clubs de première division sont déjà devenus champions. La déesse Fortuna, chère aux anciens et forte encore chez les médiévaux, est une institution nationale : « il n’y a pas de bien qui dure pour toujours, ni de mal qui ne se termine jamais », dit un proverbe connu. Ainsi, dans l’expression courante, les dieux du football sont toujours présents, changeant des résultats à première vue définis, fournissant des surprises.

Finalement, comme l’histoire nationale est relativement courte pour montrer des changements importants dans le destin collectif, le football représente le meilleur exemple de l’équilibre nécessaire entre espoir et désespoir.

Le carnaval : l’illusion

En Europe médiévale, la Fête des Fous a fonctionné comme exutoire des tensions sociales parce qu’elle suspendait temporairement les barrières hiérarchiques et les interdits moraux pour pouvoir les conserver le reste du temps.

Dans le Brésil colonial, quoique défendu, l’Entrudo portugais a accompli un rôle semblable depuis le xvie siècle. Dans le Brésil actuel, malgré les variantes régionales, le carnaval fait la même chose quand il libère ouvertement la nudité, les gestes érotiques, les excès alcooliques. C’est un monde à l’envers pour valoriser les techniques populaires – musique, danses, déguisements, chars de carnaval –, pour mettre des personnes des strates sociales plus basses au centre de l’attention, dans la fonction de compositeurs et de danseurs.

C’est une utopie de trois jours avec sa fausse richesse – déguisements de papier et de pierres colorées –, son ordre social éphémère – chaque individu et chaque groupe ont un rôle important dans la parade de son école de samba –, sa vie bien compassée – le rythme est un critère fondamental parmi les notes attribuées à la parade. En ce sens, il est vraiment, selon la définition d’Oswald d’Andrade, « l’événement religieux de la race » malgré l’apparence antireligieuse de son comportement érotique, hallucinogène et incontinent.

Le football et le carnaval représentent la rythmicité essentielle d’une société

« Socialement et individuellement l’homme est un animal rythmique » a observé Mauss –, mais spécialement pour les archaïques. Chez les modernes il y a une certaine « dérythmisation », a constaté Michon. Sans doute, les rythmes musicaux, gestuels, calendaires, sexuels étaient importants pour les sociétés non-occidentales qui ont participé à la formation du pays, les Indiens et les Africains.

Personne ne saurait nier cette donnée, mais à cela il faut ajouter le rôle central joué par le rythme dans la culture médiévale, comme l’étudie Jean-Claude Schmitt. Si l’Europe médiévale n’était pas atone, au contraire, elle chantait, scandait, rythmait, pour des raisons esthétiques et de mémorisation. On peut donc dire que la langue portugaise du Brésil est dans cette lignée.

Le rythme, vecteur de communication brésilien

La vitesse, la percussion, la chaleur font partie intégrante de la rythmique brésilienne. Cette rythmique entraînante, voire même hypnotisante nous invite à voyager dans des contrées festives, où la joie et le partage règne. C’est dans cette optique d’illusion et de tromperie évoqués plus haut, que le consommateur est vite capté par les stéréotypes brésiliens. Je n’hésite pas à comparer le Brésil à un charmeur de serpent.

Le Brésil c’est la fête, la chaleur, l’euphorie, le partage. Autant d’axes possibles que l’on peut utiliser pour instaurer une identité de marque.

Exemples :

Pour aller plus loin, je vous invite à lire le livre “Tristes Tropiques” de Claude Lévi-Strauss.

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